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mardi, 06 mai 2008
Journée ordinaire d'un avocat de province...
Oyez, braves gens, la geste de ce jour de Maîstre Epailly en sa besogne...
Tout commença matin, alors que fraîchement baigné au lavoir (j'adapte, j'adapte...) et le ventre repus, je sellais Bételgeuse et me rendis du pas alerte de ma haquenée en mon cabinet de labeur.
Le soleil dardait ses chauds rayons et le doux alizé se faisait joueur dans la crinière de ma monture.
Quelques jolies bergères aperçues de loin furent autant d'occasion de se réjouir d'une vie agréable...
Làs ! Sitôt arrivé, le Malin se montra qui fit que resta dans mes mains, la moitié d'une clé, l'autre étant restée fichée dans la serrure de l'huis commun....
Le temps de quérir un vélin, afin d'aviser mes commensaux des fâcheuses conséquences à refermer l'huis qui risquait fort de ne point pouvoir s'ouvrir de nouveau, oncq en tirant la bobinette puisque la chevillette ne cherrait plus, de l'appliquer solidement sur le vitrail d'icelui, je me précipitais au Palais où mon pas agile m'amena néanmoins en retard.
J'avais eu l'heur, peu auparavant, d'obtenir bonne compensation en écus pour mon client qui m'en avait remercié en m'honorant d'une partie de la recette : ce fut donc un désistement où, grand seigneur, je conservais les dépens (que l'adversaire m'avait de toute façon déjà remboursé...).
Déjà fort en retard, je me précipitais à la prud'homie en laquelle j'avais une affaire, certes non prête, mais ma cliente, fille d'Aurore (la Belle au Bois Dormant, pour ceux qui auraient perdu leur enfance), ne s'était réveillé que la veille, nonobstant les pigeons voyageurs que je lui avais fait délivrer auparavant.
Cette affaire fut donc radiée, ruse finalement subtile : la réinscription sur radiation étant à une date fort moins lointaine que le renvoi d'icelle.
J'en profitais alors pour évoquer deux affaires en conciliation obligatoire, dont une où, en dépit du congédiement d'un serf selon une méthode d'expert en comptabilité de deniers, ce qui est tout dire, l'on ne me proposait que quelques écus, alors que je tenais le veau gras en mes mains.
Un autre s'en serait offusqué. Ma quiétude habituelle me fut rappelée fort à propos par l'un des prud'hommes qui me rappela le surnom dont cette juridiction m'a attifé : "Petit Boudha".
Nous aurons donc les écus plus tard.
Je rentrais alors au mien cabinet, prévenais le serrurier, avisais une amie très chère de mon meilleur souvenir, rentrais en mon logis chercher une autre clef et apprenais au retour que ledit serrurier était intervenu en un quart de tour de clepsydre, ce qu'il convient de saluer.
L'après midi, j'étais chez le juge de l'approximation que j'eus le tort d'appeler ainsi, alors que ma voisine et consoeur l'est dans la bonne ville de Nîmes en ce moment... Tout à ma confusion, je dus lui jurer un amour éternel afin d'obtenir son pardon.
Attendant mon tour que j'eus le temps de compter : dame, 12 ans de métier et je passais dernier..., je vis un de nos anciens, aujourd'hui honoraire et client de lui même, portant la réplique à l'encontre du conseil d'une multinationale hexagonale distribuant l'onde dans les masures. Il y contestait, se dressant tel Bayard sur son destrier, une somme de 400 Euros qu'il s'obstinait à traduire approximativament en francs, que l'on lui réclamait, évoquant David contre Goliath, le jugement qui ferait jurisprudence sur une question de principe, se parant de la règle de droit, ce qui est rien moins que hasardeux devant la juridiction de l'approximation.
Mon tour, enfin ! d'entrer en lice...
Le terrain est lourd : des chevaux sur le retour et des poulains fougueux (pouliches, plus nombreuses) l'ayant déjà copieusement labouré de leurs sabots.
Appréhendant le degré d'attention vacillant de mon juge (dame, il est vêpres au sablier), j'opte pour une attaque toute en douceur, l'oeil cajoleur, le sourire illuminatoire.
Làs ! Mon adverseresse sans avocat, la gueuse, use fielleusement d'une tactique de femme, se tordant les bras, se vidant de larmes : pour un peu, elle sera blessée avant que mon trait ne la touche...
Comment l'occire proprement, alors que la bête regimbe et gigotte ?
Comment même penser à l'occire, alors que la courtoise galanterie s'y oppose ?
Cruel délibération avec mon âme qui trouvera sa réponse dans un délibéré ultérieur.
Rentré à vêpres et demi, enfin puis-je m'attaquer à mon labeur : trier les envois, lire les conclusions et pièces crachées ce jour par le faxum diabolicum pour mes deux dossiers de demain matin (que non, cher confrère qui l'espériez, je ne renverrais point ...), répondre aux messages laissés par des clients subitement devenus anxieux et puis, je l'avoue, je décapsulais avec délice un pot de cervoise...
Il y a des jours où c'est rude, et il y a des jours tous les jours...
22:55 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


